Le déficit, qu’il soit moteur, sensoriel ou intellectuel, impose à
l’enseignant de trouver de nouveaux supports, de nouveaux points
d’entrée pour améliorer les processus de transmission et d’acquisition
des connaissances. L’environnement social et technique conduit de plus
en plus le système éducatif à prendre en compte le rôle de l’image et
du son dans leurs interactions avec les connaissances textuelles et
dans une modalité d’interactivité.
D’un point de vue général, les nouvelles technologies de
l’information et de la communication, associant l’audiovisuel,
l’informatique et la télématique, sont introduites dans le secteur de
l’éducation spécialisée pour
• mieux apprécier et évaluer les capacités ou les compétences des enfants handicapés ou des jeunes en grande difficulté,
• faciliter leur accès aux savoirs et la réalisation de tâches scolaires,
• aider à la structuration de leur pensée,
• diversifier les sources et les supports de connaissances en vue d’un
meilleur accès par certains lourdement handicapés et contribuer, pour
tous, à une meilleure maîtrise des échanges sociaux.
Multimédia et AIS : les principaux usages
Plus encore qu’auparavant, celui qui
n’a pas ses mains pour écrire, une parole pour dire, une bonne vision
pour voir, une bonne audition pour entendre ou les facultés
intellectuelles suffisantes pour comprendre, celui-là ... le jeune
handicapé, peut se retrouver totalement en marge de la société. Au
contraire, s’il dispose d’outils informatiques adaptés, il peut être
plongé au coeur même des réseaux d’informations et devenir acteur de la
modernité. Cependant plus d’informations ne signifie pas nécessairement
plus de sens, aussi, le rôle fondamental de l’introduction de
l’informatique à l’école est non seulement de permettre aux jeunes,
handicapés ou non, d’accéder à la connaissance puis d’en acquérir de
nouvelles, mais peut-être plus encore, de donner la maîtrise de
nouveaux outils et d’assimiler une nouvelle culture facilitant la
réactualisation permanente des savoirs.
Sur l’ensemble des pratiques actuelles de l’informatique dans
l’AIS, six grands types d’applications en rapport à la pédagogie
peuvent être retenus :
1. L’approche tutorielle, où l’ordinateur et ses logiciels peuvent être considérés plutôt comme « une sorte de répétiteur ».
L’ordinateur permet ici de maintenir ou de remotiver l’apprentissage et
de l’adapter en fonction du niveau scolaire des élèves. Ce courant
tutoriel repose classiquement sur des exercices systématiques, des
dialogues pédagogiques, des logiciels d’évaluation et de remédiation,
etc.
Très efficace et maintenant de plus en plus utilisée pour la formation
continue et le recyclage professionnel, cette approche qui nécessite
une lecture de consignes à l’écran et encore pour l’instant une
écriture formalisée de réponses, semble présenter un intérêt limité
pour les jeunes enfants débutant les apprentissages. Elle peut par
contre, en principe, rendre des services auprès d’adolescents
handicapés ou malades maîtrisant convenablement la lecture, l’écriture
et le calcul.
Dans les classes en hôpital, cette approche permet aux enseignants d’assurer au mieux la continuité de l’enseignement.
Cette forme de travail est expérimentée avec succès, auprès
d’adolescents scolarisés en Section d’Education Spécialisée ou en
Etablissement Régional d’Enseignement Adapté et auprès de jeunes
délinquants dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme.
Cependant, même dans ces domaines, la principale difficulté de
l’approche tutorielle, réside dans la quasi-absence de logiciels
adaptés au faible niveau scolaire et/ou au difficultés motrices ou
sensorielles des jeunes. C’est pourquoi les enseignants privilégient
souvent les logiciels ouverts, générateurs d’exercices ou les systèmes
auteurs comme les Langagiciels permettant de créer des dispositifs
pédagogiques sur mesure et différenciés dans le champ du langage et des
mathématiques à l’aide de différents outils.
2. L’approche « prothétique/supplétive »
où l’ordinateur et ses interfaces d’entrée/sortie spécialisés
deviennent un outil capable de suppléer directement ou indirectement
une fonction déficitaire chez l’enfant handicapé.
Employé comme une prothèse, l’ordinateur assure ici une sorte de
transcodage d’un canal sensoriel ou moteur déficitaire en un autre bien
maîtrisé. C’est sans doute l’approche la plus ancienne dans l’Education
Spécialisée et dans laquelle plusieurs grandes institutions
scientifiques, comme le C.N.A.M., l’I.N.S.E.R.M. et le C.N.R.S. ont
engagé plusieurs équipes de recherches. C’est aussi la plus
prestigieuse dans ses résultats auprès notamment des jeunes aveugles ou
handicapés moteurs.
Limités longtemps dans leur accès aux informations écrites, les élèves
aveugles peuvent trouver aujourd’hui dans l’informatique des outils
puissants pour prendre des notes et contrôler leur travail en braille
éphémère ou par synthèse vocale et pour transcrire automatiquement et
plus facilement leurs textes en Braille intégral et abrégé. Les
recherches les plus récentes font intervenir une saisie optique des
textes qui sont ensuite mémorisés, analysés, traduits en abrégé et
transcrits en Braille sur une embosseuse rapide.
En ce qui concerne les enfants gravement handicapés sur le plan moteur
et privés de l’usage de la parole, l’informatique leur apporte une aide
indispensable à leur communication et à leur scolarisation. Par
l’utilisation d’ordinateurs, de logiciels spécialisés et de dispositifs
d’entrée/sortie particuliers, certains de ces enfants peuvent
aujourd’hui lire, écrire, compter, agir sur leur environnement,
communiquer à l’aide d’une voix électronique avec leur entourage et
poursuivre un cursus scolaire pratiquement normal (logiciel KINDO de
l’APF ou PICTOP et GENEX du CNEFEI) et quelques-uns arrivent
aujourd’hui à l’Université !
Pour d’autres pathologies n’entravant pas la voix du jeune mais lui
interdisant toute manipulation, la commande vocale peut être une aide
précieuse. Les logiciel Dragon Dictate ou Via Voice permettent
actuellement à des personnes handicapées d’utiliser un grand nombre
d’applications de bureautique.
3. L’approche « augmentative » par les
utilitaires, où l’ordinateur et les outils d’écriture et de calcul
deviennent des auxiliaires précieux à la scolarisation.
Sans être des outils de suppléance réservés aux enfants présentant des
handicaps massifs comme dans les applications supplétives, les tableurs
ou les petits gestionnaires de fichiers et surtout les traitements de
texte, facilitent grandement le travail scolaire de beaucoup d’enfants
scolarisés dans l’A.I.S.
Chacun sait ou devine, par exemple, les conséquences que peuvent avoir
sur la scolarité des troubles moteurs au niveau des membres supérieurs
limitant l’écriture et l’expression graphique.
L’ordinateur et son logiciel apportent alors une aide notable par :
-
la facilitation et l’économie du geste. (la grande sensibilité des
touches permet également de maintenir l’écriture jusqu’à d’importantes
pertes de puissance musculaire comme c’est le cas chez les jeunes
myopathes)
- l’optimisation des efforts. (les
efforts d’apprentissage peuvent enfin être supérieurs à l’attention et
à la concentration gestuelles).
- l’efficience immédiate et une présentation irréprochable du document de travail (ce qui motive grandement le jeune)
-
la mémoire de l’action (tous les textes ou schémas réalisés sur
ordinateur peuvent être conservés, modifiés et réutilisés
ultérieurement dans un agencement différent).